Gioachino Rossini (1792-1868)


Lorsqu'on évoque Rossini, c'est avant tout au compositeur d'opéras que l'on pense. Et encore ne retient-on de lui qu'une poignée de titres : le
Barbier de Séville, l'Italienne à Alger, le Turc en Italie, la Cenerentola et Guillaume Tell. C'est oublier un peu vite l'immense production de ce musicien hors du commun.

Fait peu banal, c'est un 29 février qu'il voit le jour à Pesaro, en 1792. Fils de musiciens, son père est corniste et sa mère cantatrice, il étudie très tôt la musique. Il écrit son premier opéra à 15 ans. À 21 ans, son style est parvenu à maturité, sa gloire est internationale. En 1815, il signe un contrat avec les théâtres de Naples, auxquels il doit un spectacle par an. C'est l'époque des grands chefs-d'oeuvre, parmi lesquels le
Barbier de Séville et la Cenerentola. Après ces comédies légères, il se tourne vers le genre tragique dont il renouvelle l'écriture, donnant naissance à l'opéra romantique.

Lassé par les critiques apportées à ses innovations, il quitte Naples et voyage à travers l'Europe. Il reçoit un accueil enthousiaste à Vienne, où il rencontre Beethoven, se rend à Londres et se fixe finalement à Paris où le roi Charles X le nomme inspecteur du chant, puis directeur du Théâtre-Italien.

En 1829, il écrit
Guillaume Tell, prototype du grand opéra français, qui déçoit le public. La révolution de 1830 met fin à son contrat. À l'apogée de sa gloire mais lassé par l'évolution de l'opéra et atteint dans sa santé, il se retire après avoir écrit des messes, des cantates et autres oeuvres de circonstance, ainsi qu'une quarantaine d'opéras en l'espace de vingt ans. Il retourne en Italie où il n'écrit plus qu'un Stabat Mater, créé en 1842.

En 1855, il revient s'établir à Paris où désormais il tient salon. Il écrit encore un recueil de petites pièces pour piano, avec ou sans voix, connues comme
Péchés de vieillesse, aux titres souvent humoristiques tels Mon prélude hygiénique du matin ou Un petit train de plaisir. Il s'éteint à Paris en 1868. Sa dépouille est transportée avec les honneurs à Florence où il repose désormais auprès de Raphaël et de Michel-Ange.

A propos de la Petite Messe Solennelle.


Après plus de trente ans de retraite, en 1863, Rossini se lance dans l'aventure d'une messe pour quatre solistes, choeur mixte, deux pianos et harmonium. Elle est dédiée à la comtesse Louise Pillet-Wil, et est créée le 14 mars 1864 dans la chapelle privée de son hôtel particulier. Un critique de l'époque en dit : «Cette fois, Rossini s'est surpassé lui-même, car personne ne saurait dire ce qui l'emporte, de la science et de l'inspiration. La fugue est digne de Bach.»

Rossini désigne lui-même sa
Petite Messe comme «le dernier péché mortel de [sa] vieillesse». La dédicace elle-même est une forme de boutade : «Bon Dieu … la voilà terminée, cette pauvre petite messe. Est-ce bien de la musique sacrée que je viens de faire, ou bien de la sacrée musique ? J'étais né pour l'opera buffa, tu le sais bien ! Peu de science, un peu de coeur, tout est là. Sois donc béni et accorde-moi le Paradis.»

Le titre lui-même est une raillerie : «Petite» Messe : l'oeuvre dure tout de même près d'une heure et demie. Par contre, elle est petite par l'effectif que Rossini préconise : douze chanteurs, à savoir huit pour le choeur et quatre solistes. L'accompagnement prévoit deux pianos et un harmonium. Et «solennelle», car les rythmes de marche et les tempos majestueux y abondent.

Après sa création privée, l'oeuvre est rangée dans un placard, comme si Rossini craignait de dévoiler cette création qu'il avait conçue secrète et humble. Au printemps 1867, il va pourtant l'orchestrer, surtout pour éviter que le premier venu ne le fasse après sa mort.


Le 1er octobre 2005, c'est évidemment dans un effectif beaucoup plus important que nous l'avons donnée. Pour l'accompagnement, à côté du piano, c'est un accordéon qui a tenu la partie habituellement dévolue à l'harmonium, ce qui donne à la
Petite Messe un caractère plus nerveux qui lui sied très bien.


Notes d'après Claire Delamarche dans Guide de la Musique sacrée et chorale profane, éd. Fayard et le Dictionnaire de la Musique, sous la direction de Marc Vignal, éd. Larousse



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