Bach (1685-1750) : Passion selon St-Matthieu


À Leipzig, depuis la Réforme, on entonnait la Passion selon saint Matthieu le dimanche des Rameaux et la Passion selon saint Jean le Vendredi saint, et ceci uniquement à l'église Saint-Nicolas pour les services du matin. Le texte évangélique s'égrenait sous forme de cantillation. Toutefois, au cours des décennies, ces lectures se parèrent d'interventions d'un choeur qui, pour représenter la foule, harmonisait le cantus firmus. Mais à partir du Vendredi saint de 1717, il fut permis d'exécuter une passion de style polyphonique lors des Vêpres, c'est-à-dire l'après-midi. Il n'était plus spécifié que le texte devait provenir de l'Évangile de Jean. On prit l'habitude de présenter une passion en musique, d'abord à l'église Saint-Thomas (1721), puis à Saint-Nicolas (1724). À partir de 1724, les ordonnances liturgiques de la ville précisent que ces manifestations musicales devront avoir lieu chaque année, en alternance dans les deux églises citées. Il en fut ainsi jusqu'en 1766.

Comme nous savons que Bach composa cinq passions, on peut penser que le Cantor mit en musique le texte de chaque évangéliste et que l'un d'eux fut traité deux fois. Cependant seules
Saint-Matthieu et Saint-Jean nous sont parvenues intégralement.

Au cours de son cantorat, Bach dut faire répéter et diriger 26 passions.
Saint-Jean et Saint-Matthieu furent données quatre fois. Bach fit également appel aux oeuvres de Keiser, Telemann, Graun et Haendel ainsi qu'à des compositeurs non identifiés.

Picander apporta sa collaboration à la
Matthäus-Passion, mais pour la Johannes-Passion, Bach réunit lui-même diverses sources littéraires en un tout organique, à moins que le livret ait été établi par un collaborateur anonyme.

L'Allemagne cultivait plusieurs genres de passions : passion-motet, où le texte évangélique est chanté, d'un bout à l'autre, en polyphonie par un même ensemble choral ; passion dramatique avec incursion de récitatifs libres (Schütz) ; passion-oratorio (Telemann, Haendel) ; passion liturgique. Celles de Bach appartiennent à ce dernier genre. Leur construction en deux parties révèle qu'elles entouraient le sermon. De plus, leur ampleur dilatait l'office qui durait alors entre quatre et cinq heures.

Les passions de Bach mélangent textes sacrés et poésies madrigalesques. Les paroles évangéliques s'inscrivent dans trois éléments :
recitativo secco du ténor-évangéliste ; choeurs de la foule et récitatifs ou ariosos des personnages principaux. Les paroles inventées affectent plus particulièrement les airs, qui se dégagent du drame et apportent un moment de réflexion ; toutes ces pages reviennent à un contemplateur pieux et anonyme. Il y a enfin le choral liturgique qui est le reflet des sentiments de la chrétienté. Les cantiques se présentent sous une simple forme harmonisée, homophone, et les instruments qu'ils réclament ne font que doubler les voix.

Enfin il faut signaler que, depuis longtemps, la réthorique musicale confiait à la voix de basse le soin de personnifier le Christ. C'est évidemment à ce registre que revient le rôle de Jésus, mais dans la
Passion selon Saint-Jean celui-ci n'est jamais soutenu que par le continuo (tout comme le ténor-évangéliste) alors que, dans la Passion selon Saint-Matthieu, ses récitatifs s'accompagnent du quatuor à cordes. C'est là un des moyens les plus sûrs pour distinguer les deux oeuvres.

Passion selon Saint-Matthieu (BWV 244)


La date de création de cette passion a récemment été remise en cause et plusieurs spécialistes pensent qu'elle aurait vu le jour avant 1729. Il faut dire que la date de 1729 arrangeait bien les responsables du concert du 11 mars 1829. Ce jour-là fut donnée, à Berlin, la Matthäus-Passion de J.-S. Bach sous la direction de Mendelssohn. Dans l'état actuel des connaissances, il semble que la création de la Passion selon Saint-Matthieu remonterait au Vendredi saint de 1727 (11 avril).

Cette passion fut effectivement jouée (reprise) en 1729 puis en 1736. Elle connut encore une autre exécution, peut-être vers 1744. La transmission de ce chef-d'oeuvre a été assurée par une partition autographe et des parties séparées correspondant à la reprise du 30 mars 1736.

S'appuyant sur le récit de saint Matthieu (26, 1-75 ; 27, 1-66), beaucoup plus développé que celui de saint Jean, le librettiste Picander compose 28 pages madrigalesques. Au milieu de celles-ci et des passages évangéliques, Bach introduit douze chorals harmonisés auxquels il faut ajouter deux cantiques ainsi que le grand choral qui termine la première partie. Ces lieder n'appartiennent pas au texte de Picander, ils furent effectivement choisis et ajoutés par le musicien.

La présence d'un double-choeur est l'un des principaux éléments distinctifs de cette passion. Comme Bach dote chaque
chorus d'un orgue, et que seule l'église Saint-Thomas disposait de deux orgues, l'oeuvre fut donc jouée en 1727, 1729 et 1736 à Saint-Thomas. Mais, en 1740, le second instrument fut déposé. C'est probablement pour pallier cette disparition que Bach ajouta une partie de clavecin au continuo du choeur II, lors de la dernière reprise vers 1744.


Notes d'après Guide de la Musique sacrée et chorale profane, Éd. Fayard



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