Anton Dvorák (1841-1904) - Messe en ré majeur


Né dans la petite commune de Nelahozeves près de Prague, où il fréquente, enfant, la chorale paroissiale avant de faire ses premières armes à l'orgue de la ville de Zlonice où il est venu apprendre le métier de son père, boucher de son état, Antonin Dvorák est amené très tôt à côtoyer la musique sacrée. Et lorsque son père se laisse convaincre de l'envoyer parfaire sa formation musicale à Prague, le jeune musicien est reçu à la prestigieuse École d'orgue de Josef Foerster, artisan de la redécouverte des oeuvres de Palestrina et du corpus grégorien en Bohème, et artisan fervent d'une réforme de la liturgie catholique. De nature profondément religieuse, Dvorák ne devait jamais cesser de composer pour l'église tout au long d'une carrière qu'il avait commencée comme organiste de la paroisse de Saint-Adalbert de Prague.

Lorsqu'il se lance dans la composition de la
Messe en ré majeur (Op. 86), Anton Dvorák répond à une commande privée du mécène Josef Hlávka, architecte, fondateur et président de l'Académie tchèque des sciences et des arts, pour la consécration de la chapelle de son château de Luzany, qui doit avoir lieu le 11 septembre 1887. À cette époque, l'oeuvre de Dvorák comporte déjà plusieurs pièces sacrées (dont, notamment, le Stabat Mater et le Psaume 149), mais aucune autre messe ne parviendra jusqu'à nous. Le jeune compositeur détruisit lui-même la première qu'il composa au cours de ses années d'étude après avoir entendu le jugement extrêmement sévère porté par son professeur Josef Foerster.

Dvorák réalise sa commande en trois semaines, entre mars et avril 1887, et, dans sa lettre de dédicace à Hlávka, la caractérise en ces termes : «Elle pourrait s'appeler Foi, Espérance et Amour du Dieu tout-puissant, et action de grâces parce que j'ai pu achever cette oeuvre à la gloire de l'Éternel et de l'Art. Ne soyez pas surpris de ma dévotion. Seul un artiste dévot peut engendrer une oeuvre de la sorte. Bach, Beethoven, Raphaël et beaucoup d'autres en sont la preuve. Mais c'est vous-même également que je dois remercier de m'avoir incité à écrire une oeuvre de cette forme, car autrement je n'y aurais probablement jamais pensé. Jusqu'à maintenant en effet, toutes mes autres oeuvres de ce genre avaient de grandes dimensions et utilisaient de grands moyens. Cette fois-ci, cependant, je me suis servi de moyens réduits, et pourtant j'ose dire que j'ai réussi».

Si les moyens en sont réduits, c'est qu'à l'origine la
Messe est conçue pour choeur mixte et orgue, n'introduisant que de rares moments solistes au fil des six sections qui la composent - Kyrie, Gloria, Credo, Sanctus, Benedictus, Agnus Dei. Elle illustre cependant parfaitement la synthèse que le compositeur a su opérer entre la musique sacrée et le sentiment populaire tchèque qui l'anime. Cinq ans après la création de la Messe sous la direction du compositeur lui-même, l'éditeur londonien de Dvorák décida d'en proposer la publication, dans une version orchestrale toutefois qui fut créée au Crystal Palace, à Londres, le 11 mars 1893, ouvrant la voie à la diffusion anglo-saxonne de l'oeuvre qui s'étendit, en 1894 déjà, à New York, Minneapolis, et la Nouvelle-Orléans.


Notes d'après Guy Erismann,
Antonin Dvorák, Editions Seghers, 1966 ; Claire Delamarche, dans Guide de la musique sacrée et chorale profane, de 1750 à nos jours, Librairie Fayard, 1993.


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