Frank Martin (1890-1974)


Frank Martin est né à Genève le 15 septembre 1890, dans une famille de pasteur. Très jeune, il joue du piano et compose déjà de petites oeuvres très bien construites. Après le gymnase, il commence des études de mathématiques et de physique. Il ne fréquente pas le conservatoire, mais prend des leçons privées de piano, harmonie et composition avec Joseph Lauber, un compositeur suisse dont Frank Martin n'apprécie pas le style mais avec lequel il apprend le "métier", particulièrement l'instrumentation. Après la Première Guerre mondiale, il vit à Zurich, Rome et Paris. Il enseigne la théorie rythmique à l'Institut Jaques-Dalcroze et se forge son propre langage musical. La
Messe à double choeur date de cette époque (1922-26).

Vers 1933, il découvre le système dodécaphonique de Schönberg. Il en retient quelques éléments, effectuant une synthèse entre les acquisitions fondamentales de la tonalité et les richesses nouvelles d'un univers sonore de douze sons. C'est vers 50 ans que Frank Martin atteint la maturité et la complète maîtrise de son langage musical, avec le
Vin herbé (1938), un oratorio profane inspiré du mythe de Tristan et Isolde. Dès lors, sa production vocale se partage entre textes allemands et français, et son art représente un parfait équilibre entre éléments latins et germaniques. Plus des deux tiers de sa production est postérieure au Vin herbé. Pour ne citer que quelques oeuvres marquantes : Der Cornet, un cycle de mélodies pour alto et petit orchestre, d'après Rilke, les Six monologues de Jedermann, des oratorios : In terra pax et Golgotha (1946-48), son chef d'oeuvre, ... Dans le domaine de la musique instrumentale, sa Petite Symphonie concertante pour harpe, clavecin, piano et cordes (1945) est justement célèbre. L'opéra ne lui fut pas étranger et il a écrit plusieurs concertos et de la musique de chambre.

Parallèlement à ses activités de compositeur, Frank Martin est engagé dans de nombreuses activités musicales. Il fonde en 1926 la Société Genevoise de musique de chambre, et préside de 1942 à 1946 l'Association des Musiciens Suisses. Il enseigne l'harmonie et l'improvisation à l'Institut Jaques-Dalcroze et la musique de chambre au Conservatoire de Genève.

Aspirant à plus de tranquilité pour son travail de compositeur, il s'établit aux Pays-Bas après la guerre, d'abord à Amsterdam, pendant dix ans, puis à Naarden, patrie de son épouse. De 1950 à 1957, il enseigne encore la composition à l'École supérieure de musique de Cologne. Puis il renonce à l'enseignement pour se consacrer entièrement à la composition et à des tournées de concerts aux quatre coins du monde. Il meurt à Naarden le 21 novembre 1974.


A propos de la Messe à double choeur


Étrange destin que celui de cette messe qui resta près de quarante ans dans les cartons du compositeur. Voici ce que Frank Martin lui-même en dit, dans un texte écrit pour un programme en 1970 :

«C'est en 1922 que cette messe a été composée (à part l'
Agnus Dei, qui date de '26) et ce fut là un travail absolument libre, gratuit, désintéressé. En effet, je ne connaissais, à cette époque de ma vie, aucun chef de choeur qui eût pu s'y intéresser. Je ne l'ai jamais présentée à l'Association des Musiciens Suisses, pour qu'on l'exécute dans une de ses fêtes annuelles et, en fait, je ne désirais nullement qu'elle fût exécutée, craignant qu'on la juge d'un point de vue tout esthétique. Je la voyais alors comme une affaire entre Dieu et moi. Il en a été de même plus tard pour un oratorio de Noël : l'expression de sentiments religieux me semblait devoir rester secrète et n'avoir rien à faire avec l'opinion publique. Tant et si bien que cette composition est restée 40 ans dans un tiroir, tout en figurant pour la forme dans la liste de mes oeuvres. [...] Tout ce que je viens de dire de cette Messe indique clairement que, même si j'ai employé des moyens assez vastes, il s'agit là d'une musique d'expression toute intérieure. Depuis l'époque mon langage musical a considérablement évolué ; il y a dans cette oeuvre bien des choses que je ne pourrais plus écrire ; il y a des maladresses que je ne ferais plus (j'en ferais d'autres, qui n'en fait pas ?). Mais il y a aussi des éléments musicaux qui me sont très proches. [...] Souhaitons que l'on puisse encore trouver de la conviction, de la jeunesse et quelque beauté dans cette messe qui a près d'un demi-siècle d'âge.»

En novembre 1973, la Psallette a donné la première exécution en Suisse de la
Messe à double choeur a cappella de Frank Martin.



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