C. W. Gluck - Orfeo ed Euridice


Fils d'un forestier au service du prince von Lobkowitz, Christoph Willibald Gluck naquit en 1714 et passa son enfance dans sa Bohème natale, aux traditions musicales bien ancrées. Après des études à l'université de Prague, il séjourna à Vienne, puis à Milan où il commença à se forger une réputation de compositeur d'opéras. Ces oeuvres furent représentées dans les plus grands théâtres d'Europe, Naples, Londres, Rome, Vienne, Prague. En 1754, il se fixa à Vienne, où, protégé par le comte Durazzo, directeur des théâtres de la cour, il adapta des opéras comiques français. Cette collaboration fut très importante à la fois pour Gluck et pour l'histoire de l'opéra. En 1755, il devint compositeur de la cour et en 1759 compositeur de ballets, avec la responsabilité de la musique de scène.

L'arrivée à Vienne en 1761 de l'écrivain italien Calzabigi marqua un tournant dans la carrière de Gluck, qui fut amené à dépasser le cadre de l'opéra italien traditionnel, renonçant désormais aux conventions de l'
opera seria en faveur d'une simplicité nouvelle et d'une certaine mesure de réalisme théâtral. Le premier résultat de ce travail conjoint de Calzabigi et Gluck, sur les encouragements du comte Durazzo, fut Orfeo ed Euridice qui fut créé à Vienne, au Burgtheater, le 5 octobre 1762.

Dans son introduction à l'ouvrage, Calzabigi explique avoir transposé la scène de la mort d'Eurydice de Thrace à la Campanie, près de la fameuse entrée des Enfers, au bord de l'Averne, préservant ainsi l'unité de lieu recommandée par Aristote. De plus, il modifia la légende, dans laquelle Orphée perd Eurydice en désobéissant à l'interdiction de la regarder avant d'avoir quitté les Enfers, se conformant à la conclusion heureuse en cours à l'époque et évitant la fin plus cruelle que soulignent ses sources classiques, les Géorgiques et l'Énéide de Virgile.

Entre 1774 et 1779, Gluck connut un succès considérable à Paris, où la version française d'
Orfeo ed Euridice fut montée en août 1774 ; le rôle d'Orphée n'y est plus tenu par un contralto mais par un ténor.

L'importance historique de Gluck réside essentiellement dans les importantes réformes qui exerceront une profonde influence sur l'opéra ultérieur : • Suppression des airs inutiles, comme des ornements superflus. • Remplacement du «recitativo secco» accompagné au clavecin par un récitatif mélodique accompagné par l'orchestre. • Importance de l'ouverture, qui annonce et résume le drame. • Fonction dramatique des choeurs. • Extension de la continuité musicale sur plusieurs morceaux. Il suffit de lire les écrits de Berlioz et de Wagner pour se convaincre de l'importance que revêtait à leurs yeux ce novateur passionné, dont la musique portait en elle tous les traits contradictoires d'un style en pleine mutation.



Notes d'après Keith Anderson, Christoph Willibald Gluck, Opera Classics Naxos 8.660064 ; Gluck, dans Dictionnaire de la Musique, Larousse, 1996 ; Roland de Candé dans Dictionnaire des Musiciens, Microcosme, 1964.



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