Didier Godel (*1945) – Mémorial


Voici ce que Didier Godel dit de sa cantate Mémorial : « En 1986, à l'occasion du 450e anniversaire de la Réforme à Genève, le comité d'organisation chargé du chapitre "musique", présidé par Roland Vuataz, avait imaginé un concert choral, réparti entre différents chœurs actifs à Genève, consacré exclusivement à des pages nouvelles écrites pour cette occasion. La Société de chant sacré, dont j'étais directeur, avait voulu marquer de façon plus appuyée sa participation en me confiant la commande d'une page plus développée - une vingtaine de minutes - que les œuvres suscitées pour ce concert. Les moyens à disposition étaient ceux de la cathédrale, avec ses deux orgues, la Société de chant sacré, dont l'effectif appelait une répartition à cinq voix, et une voix soliste, en l'occurrence un baryton.

Cette page pour chœur devait reposer sur des textes se rapportant aux valeurs fondamentales de la Réforme, mais excluant toute polémique. L'hymne aux Philippiens, qui ouvre l'épître de même nom dans le Nouveau Testament, constituait une référence de choix, puisque c'est l'une des plus anciennes hymnes chrétiennes. Pour la suite, deux théologiens m'ont suggéré des textes appropriés: Olivier Fatio m'a conseillé la préface, écrite par Jean Calvin, de la Bible d'Olivétan, tandis qu'Eric Fuchs m'a aiguillé sur une "Prière du matin" du même auteur, couplée avec le psaume 143.

Le plan général de l'œuvre s'est établi de lui-même: un prélude pour grand orgue suivi de l'Hymne aux Philippiens, de structure homophonique; vient ensuite la préface de la Bible d'Olivétan, confiée au soliste, et conclue par la "Prière du matin", où le chœur chante comme refrain le texte du psaume tandis que le soliste chante, en guise de couplets, celui de la prière.

Le prélude annonce un thème dodécaphonique, qui sera repris à plusieurs reprises dans le courant de la cantate; c'est à un autre thème dodécaphonique que se réfère le discours du soliste dans la préface qui suit. Quant à la "Prière du matin", elle cite à l'orgue la mélodie du psaume 143 dans sa version "genevoise" de 1542. Les "Amen" conclusifs se réfèrent au thème initial du prélude.

En dépit de motifs de douze sons, le langage de cette cantate reste profondément tonal, ou plutôt modal, avec une tonalité centrale de fa dièse; toutes les tensions d'écriture qu'autorise une syntaxe assez libre, et qui ont pour but de colorer le discours musical, trouvent leur résolution dans une harmonie apaisée.

En tant que compositeur et chef de chœur, j'ai pris la précaution d'utiliser un langage compréhensible et accessible aux choristes. Les expériences de la création de l'œuvre (avec Pierre Segond et Florence Kraft à l'orgue, et Daniel Pilly comme baryton solo), de sa reprise en 1993, comme celle de ce concert de la Fête de la musique 2014, m'ont démontré qu'en voulant rester simple j'ai souvent été dépassé par mon écriture ... ma gratitude pour les interprètes n'en est que plus grande.»

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