G. F. Haendel (1685-1759) et le Messie


Né la même année que Bach à Halle, en Allemagne, Haendel est devenu le plus anglais des compositeurs allemands. Il découvre l’opéra à Hambourg, part en Italie où il se familiarise avec l’opéra seria, obtient un triomphe à Venise avec son Agrippina, rencontre Domenico Scarlatti et Corelli et écrit de nombreux motets, oratorios et cantates. En 1711, il part à la conquête de Londres avec son opéra Rinaldo, prend la direction de l’Académie royale de musique en 1719 et offre aux Londoniens de nombreux opéras italiens. À la prospérité du début succèdent des difficultés financières, le public finit par se lasser et Haendel est obligé d’abandonner l’opéra. Dès 1739, il se consacre à l’oratorio religieux, qu’il adapte au goût britannique. Il meurt en 1759 et est inhumé à l’abbaye de Westminster.

L’oeuvre de Haendel, tout en portant la forte marque de sa personnalité, est un concentré de tous les styles de son temps : écriture concertante et arias da capo italiennes, ouvertures et danses françaises, fugues allemandes, contrepoint anglican, tournures mélodiques purcelliennes, il fond tous ces éléments au creuset de son inspiration propre, en vue de la meilleure efficacité dramatique, créant ainsi de toutes pièces l’oratorio anglais.

Le
Messie, l’oratorio le plus célèbre de Haendel, occupe une place marginale dans son oeuvre. Il est composé à la hâte entre le 22 août et le 14 septembre 1741, probablement sans effectif de musiciens prédéfini. Arrivé en Irlande en novembre, après une série de concerts à succès, Haendel présente son oratorio sacré au public de Dublin le 13 avril 1742. Il adapte alors l’oeuvre aux effectifs plutôt réduits dont il peut disposer. (On connaît d’ailleurs plusieurs versions du Messie, avec un orchestre plus ou moins étoffé et des airs changeant de tessiture pour l’adapter aux interprètes successifs). C’est un triomphe, le public afflue en nombre, 700 personnes lors de la première. Les bénéfices sont versés à des oeuvres de bienfaisance, Haendel y laisse aussi un exemplaire de la partition.

Une année plus tard, à Londres, l’accueil y est tout autre. L’oeuvre suscite l’hostilité du public qui ne peut accepter d’entendre des textes sacrés au théâtre. Il faudra attendre 1750 pour que le
Messie soit enfin apprécié, lorsqu’il est joué dans la chapelle du Foundling Hospital, une institution de bienfaisance où il sera repris chaque année. Il fut joué trente-six fois du vivant de Haendel.

Le texte du
Messie, compilé par Charles Jennens est homogène et équilibré : de courtes citations s’enchaînent sans rupture, liées par plusieurs niveaux de sens dans une constante progression du récit. Il fait appel, dans la première partie, aux prophètes annonçant la venue du Christ et aux Évangiles, la deuxième partie, fondée sur les Lamentations de Jérémie et les Psaumes, retrace la Passion et la Résurrection. Dans la troisième partie, une réflexion sur la Rédemption, conduite à partir de lettres de saint Paul, vient conclure l’ensemble. La narration directe a peu de place dans ce livret, le Messie n’est pas un personnage dramatique comme dans une passion, il y est évoqué par allusions, analogies ou commentaires. De l’ensemble se dégage une vision triomphante et majestueuse du Christ, très éloignée (sauf au début de la deuxième partie) du Christ souffrant et pathétique des Passions allemandes.

Notes d’après Guide de la musique sacrée et chorale profane, éd. Fayard



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