Joseph Haydn (1732-1809) - La Création


La Création
de Haydn est l'une de ces compositions que l'opinion générale place parmi les chefs-d'oeuvre majeurs du génie musical, avec la Neuvième Symphonie de Beethoven, le Requiem de Mozart, la Passion selon Saint Mathieu de Bach, sans oublier le Messie de Haendel.

Ce sont d'ailleurs les oeuvres de Haendel, que Haydn découvre lors de ses deux séjours à Londres, qui font germer chez ce dernier l'idée d'une composition d'oratorio. À son retour à Vienne, il emporte dans ses bagages un livret en anglais tiré du
Paradise lost de Milton. Le livret traduit en allemand par le baron van Swieten, Haydn peut se mettre au travail de composition.

L'oeuvre traite successivement de la création des éléments et des êtres vivants, culminant dans celle de l'homme et du bonheur initial du paradis. La structure de l'oeuvre rappelle un peu celle des Passions : les trois archanges Gabriel, Uriel et Raphaël, rôles tenus par les solistes, se partagent le récit biblique dans des récitatifs, auxquels succèdent des airs ou des ensembles qui en prolongent le contenu. Souvent une séquence – et dans tous les cas chacune des parties – se termine par un grand choeur.

Dès la première audition, le début de l'oeuvre fit sensation avec sa "Représentation du chaos" d'où jaillit soudainement la lumière. Cette oeuvre novatrice, notamment en ce qui concerne l'utilisation des timbres des instruments, est en même temps une synthèse. Elle est un hommage direct au style d'oratorio de Haendel, cependant que la fugue centrale évoque Bach. On y trouve également le style pastoral né vers la fin de l'ère baroque, métamorphosé par le génie de Haydn. Les allusions musicales à la nature et à tout ce qui vit sont autant d'images sonores qui sont non pas une description mais la transcription de l'émotion qui naît dans l'homme qui la contemple.

La Création est l'oeuvre d'un compositeur profondément croyant. Elle est aussi inspirée par la spiritualité des loges maçonniques viennoises de l'époque et c'est surtout le premier oratorio profane, en ce sens que son message s'adresse à tous les hommes, comme la Flûte Enchantée sur le plan lyrique et bien avant le finale de la 9e Symphonie de Beethoven.



Retour Saison 92-93 Saison 96-97