Joseph Haydn (1732-1809) - La Création


Lors de son premier séjour à Londres, entre 1791 et 1795, Haydn entend diverses oeuvres de Haendel, dont le
Messie et Israël en Egypte, et l'idée de se mesurer à lui ne le quitte plus. Il rapporte de Londres un livret en anglais qui, un demi-siècle auparavant, avait été destiné à Haendel. Son ami le baron Gottfried van Swieten, un des membres les plus «éclairés» de la noblesse viennoise, adapte en allemand le livret inspiré à la fois de la Bible (Genèse et Psaumes) et du Paradis perdu de Milton.

La Création est sans doute la première grande oeuvre de l'histoire de la musique écrite en pensant à la postérité : «J'y mets le temps parce que je veux qu'il dure», aurait dit Haydn de son oratorio. La première publique a lieu le 19 mars 1799, au Burgtheater de Vienne : les gens se battent presque pour entrer, l'oeuvre connaît un succès immédiat dans toute l'Europe.

Les trois parties de l'oratorio sont consacrées respectivement aux éléments, aux animaux et à l'homme, au paradis terrestre. Les trois solistes personnifient les archanges Gabriel (soprano), Uriel (ténor) et Raphaël (basse), puis dans la troisième partie Adam (basse) et Ève (soprano). Les épisodes descriptifs relèvent soit de la peinture musicale, soit plus souvent du symbolisme musical. Les «images» se trouvent sans exception, ou presque, à l'orchestre, non aux voix, de sorte que la musique précède toujours les paroles. Elle n'illustre pas «mécaniquement» des paroles déjà prononcées, ce sont les paroles qui après coup «commentent» la musique, — dont les aptitudes à surprendre restent ainsi intactes. Après tant de quatuors et de symphonies,
la Création confirme Haydn comme l'un des plus grands «narrateurs» de l'histoire de la musique.


Notes d'après Marc Vignal, Sylvie Bouissou et Adélaïde de Place dans Guide de la Musique sacrée et chorale profane, éd. Fayard



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