Joseph Haydn (1732-1809) - Nelsonmesse


Pendant près de trente ans, Haydn fut occupé par la vie musicale à la cour des Eszterhazy, pour lesquels il composa nombre d’opéras, de symphonies et autres oeuvres de musique de chambre. En 1790, le prince Nikolaus, son protecteur, meurt. Son successeur licencie tous ses musiciens. Libéré de ses obligations, Haydn peut enfin se rendre à Londres, qui lui réserve un accueil triomphal. En 1795, il rentre définitivement à Vienne, et retrouve son poste auprès du nouveau prince Nikolaus II, qui reconstitue son orchestre. Son obligation principale est de fournir chaque année une messe pour la fête de la princesse Maria Hermenegild en septembre. De cette période datent des quatuors à cordes, les six dernières messes, dont la Paukenmesse, la Nelsonmesse et la Theresienmesse et ainsi que les deux grands oratorios La Création et Les Saisons.

Écrite du 10 juillet au 31 août 1798 et créée à Eisenstadt le 23 septembre, c’est la première oeuvre de Haydn postérieure à
La Création. Les «angoisses» évoquées par le titre authentique Missa in angustiis venaient d’Égypte où Napoléon menait son expédition. Le 1er août, alors que Haydn travaillait à sa messe, Nelson détruisit la flotte française à Aboukir, mais la nouvelle n’en parvint en Autriche que vers le 20 septembre, alors que l’oeuvre était terminée. L’association du nom de Nelson à cette messe vient sans doute du fait que deux ans plus tard, en 1800, l’amiral anglais séjourna à Eisenstadt et on pense que Haydn dirigea son oeuvre en sa présence.

Que la
Nelsonmesse soit la messe la plus populaire de Haydn n’a rien d’étonnant, un même souffle dramatique l’anime de bout en bout. Son caractère individuel apparaît dès les premières mesures, l’orchestre étant composé de trois trompettes, de timbales et d’un orgue «obbligato», qui sont les seuls éléments s’ajoutant aux cordes. L’explication très prosaïque de cette orchestration inhabituelle est simple : le prince Nikolaus II avait renvoyé les vents et les cors … et Haydn a dû «faire avec»; mais cette limitation stimula, au contraire, sa créativité, conférant à cette oeuvre une sonorité tout à fait distincte et particulière. Autre caractéristique des dernières messes, les solistes ne chantent plus d’airs indépendants comme il arrivait communément auparavant; au contraire, orchestre et voix collaborent dans un parfait équilibre, solistes et choeur très souvent se mêlant et/ou s’opposant de façon dramatique.


Notes d’après Guide de la Musique sacrée et chorale profane, éd. Fayard; J. Haydn, Nelsonmesse, Edward Olleson (CD)


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Saison 11-12