Joseph Haydn (1732-1809) – Theresienmesse


Au moment où il achève la
Theresienmesse, Haydn est un compositeur comblé d'honneurs. Après ses succès londoniens, il s'en est retourné à Vienne, où il se livre à des ouvrages aussi divers que la composition de l'hymne national autrichien (1797), ou de l'oratorio La Création, qui reçoit en 1798 un accueil triomphal. C'est donc un compositeur au faîte de la gloire et de la maîtrise qui s'exprime à travers cette partition (…) achevée en 1799 et créée le 8 septembre de la même année à Eisenstadt, siège administratif des employeurs de Haydn, les princes Esterhazy. Contrairement à ce que l'on pourrait imaginer, le titre de cette messe, l'une des six dernières composées par Haydn entre 1796 et 1802, n'est pas un hommage à Sainte Thérèse, mais bien à l'impératrice d'Autriche Marie-Thérèse. L'oeuvre, composée originairement pour l'anniversaire de la princesse Esterhazy, fut en effet interprétée à la chapelle impériale à Vienne le 18 mai 1800. Trois ans plus tard, une artériosclérose cérébrale mettra fin à la longue activité créatrice du père de la symphonie classique.

Si l'écriture vocale fait la part belle aux quatre solistes, l'orchestration est réduite à sa plus simple expression : deux clarinettes, deux trompettes, timbales, cordes et orgue, à quoi peut s'ajouter un basson, présent dans certaines copies authentiques. Le
Kyrie s'ouvre sur une introduction lente. Le choeur ne s'y exprime que très brièvement, et l'essentiel en est confié au quatuor vocal. Mais le choeur prend sa revanche avec l'imposante fugue, dont le sujet rappelle lointainement celui du Kyrie du Requiem de Mozart. (…) De forme tripartite, le Gloria en impose par son énergie farouche, laquelle ne se plaque qu'avec les paroles "Et in terra pax" (mode mineur), puis à nouveau avec le Gratias, chanté par l'alto solo, progressivement rejoint par les trois autres solistes. Suit un fugato dramatique (Qui tollis), confié au choeur sur fond de triolets de croches aux violons. Retour au ton jubilatoire du début, avant qu'une brève fugue sur "Amen" … n'amène le mouvement à sa conclusion.

Le
Credo reprend le même schéma tripartite : la vigoureuse introduction est suivie d'un adagio extraordinairement expressif (Incarnatus), qui ne fait intervenir que les quatre solistes. Un bref moment de lumière cède à nouveau la place à une atmosphère sombre : c'est le Crucifixus, ponctué par une intervention des trompettes et timbales dans le grave. Le mouvement se conclut encore une fois sur une fugue, très développée cette fois. La basse entonne le Sanctus, épisode richement contrasté, qui culmine dans un Benedictus radieux, où le quatuor vocal et le choeur s'opposent en un harmonieux dialogue. En réaction à cette page sereine, l'Agnus Dei possède un caractère sévère, vite effacé sur les paroles "Dona nobis pacem". La fin de l'oeuvre n'est plus qu'explosion de fanfares et dialogue serré entre solistes et choeur, jusqu'à la puissante conclusion, affirmation triomphale de la tonalité de si bémol majeur.


Luca Sabbatini (programme pour les concerts du dimanche de la Ville de Genève, mars 1996)



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