Zoltán Kodály (1882-1967)


Il naît à Kecskemét, en Hongrie, dans une famille musicienne (son père est violoniste amateur, sa mère pianiste), ouverte aux influences tziganes. Il apprend le violon, le violoncelle, le piano et l'alto et dévore le
Clavier bien tempéré de Bach. À partir de 1900, il fréquente l'université de Budapest, en hongrois et en allemand, et étudie simultanément la composition à l'Académie de musique où il rencontre Béla Bartók, qui, jusqu'à la mort de ce dernier en 1945, restera son plus fidèle ami. Dès 1905, il part avec lui dans la campagne hongroise à la recherche des racines musicales de son pays. En 1906, il se rend à Paris, y suit les cours de Charles Marie Widor et découvre l'univers de Debussy.

Ses premiers chefs-d'oeuvre concernent la musique de chambre : deux quatuors et des partitions pour violoncelle, très novatrices. Kodály diversifie ses activités, il est simultanément compositeur, pédagogue, folkloriste, musicologue et journaliste, ce qui fait de lui le maître à penser de la musique hongroise contemporaine. Sa réputation s'établit cependant en Hongrie, puis à l'étranger, grâce au
Psalmus hungaricus (1923) et à l'opéra Háry János (1926). Il se consacre de plus en plus à ses projets pédagogiques, élabore sa célèbre méthode de solfège, et développe une animation chorale dans les villes de province hongroises. Il compose de nombreux choeurs et des oeuvres pour orchestre brillantes et colorées, sur un matériau folklorique : Danses de Marosszék (1930), Danses de Galanta (1933).

Farouche figure du nationalisme culturel de la Hongrie, inventeur de méthodes d'enseignement de la musique permettant une initiation au chant choral dès le plus jeune âge, Kodály a été le plus éminent représentant de l'humanisme de son pays pendant plus d'un demi-siècle. Jusqu'à sa mort en 1967, il parcourt le monde pour donner des conférences et se voir couronné de nombreux lauriers.

Son oeuvre, du point de vue de l'auditeur occidental, peut approximativement se diviser en deux ensembles : l'un regroupe les partitions de forme classique où Kodály fait la synthèse de la tradition allant de Bach à Debussy, en passant par Beethoven, Brahms et Wagner, l'autre, les quelque 1500 pièces chorales consignées par lui-même dans un souci d'abord didactique : l'art de Palestrina s'y revivifie au contact des composantes mélodiques et rythmiques de la chanson populaire hongroise.


À propos de la Missa Brevis («in tempore belli»)


C'est la troisième grande oeuvre chorale de Kodály, toute empreinte de nationalisme et fortement engagée. Il l'a officiellement conçue comme cadeau à son épouse, pour leur trente-cinquième anniversaire de mariage : mais le sous-titre En temps de guerre invite à une autre interprétation. Budapest, occupée par les Allemands, est encerclée par les Russes. Durant ce siège impitoyable, la ville est épuisée par la faim, le froid, la maladie. Kodály et sa femme se sont réfugiés dans les sous-sols de l'Opéra. C'est pendant cette retraite forcée qu'il écrit la Missa brevis. C'est là aussi qu'a lieu la création de l'oeuvre, en février 1945.

En fait, Kodály a pris une messe basse pour orgue datant de 1942 en y ajoutant des choeurs. En plus des cinq parties habituelles (
Kyrie, Gloria, Credo, Sanctus, Agnus Dei), la Messe est pourvue d'un Introït à l'orgue seul et d'un «Ite, missa est», soit pour orgue et choeur, soit pour orgue seul. La Messe est bâtie comme un palindrome : l'introduction renvoie à la conclusion, le Kyrie au dernier Agnus, le Gloria au premier Agnus, et le Benedictus, encadré des deux «Hosanna», est l'axe autour duquel pivote l'édifice, le point à partir duquel les thèmes seront récapitulés dans l'ordre inverse de leur apparition.


Notes d'après Dictionnaire de la Musique, éd. Larousse ; Guide de la Musique sacrée et chorale profane, éd- Fayard



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