Mozart – Messe en ut mineur KV 427


L'inachèvement d'une oeuvre reste toujours, quel que soit le compositeur, une source d'interrogation : quand il se double d'une destination ou de motivations sujettes à certaines ambiguïtés, cela confine à l'énigme …

Que savons-nous, sinon que cette oeuvre est très intimement liée à Constance, la femme de Mozart ? Cette fois, chose rare, il ne s'agit pas d'une commande mais bien d'une oeuvre votive, comme le relate et le confirme Mozart dans une lettre à son père cinq mois après son mariage : «J'ai vraiment fait la promesse au fond de mon coeur et espère bien la tenir. Lorsque j'ai fait ce serment, ma femme était encore célibataire — et comme j'étais fermement décidé à l'épouser peu après sa guérison, il m'était facile de faire cette promesse — mais le temps et les circonstances ont empêché notre voyage, comme vous le savez ; — et comme preuve de la sincérité de mon serment, j'ai ici la partition d'une messe à moitié composée, qui attend d'être portée à son terme.»

Cependant le terme ne se concrétisa pas et ne furent en définitive composés que les
Kyrie, Gloria, Credo (jusqu'à l'Et incarnatus est), Sanctus et Benedictus. Manquent donc la fin du Credo et l'Agnus Dei / Dona nobis pacem, c'est à dire, au fond, assez peu de chose …

Ayant quitté Salzbourg et la tutelle du prince-archevêque Colloredo pour Vienne, Mozart se passionne, sous l'impulsion du baron van Swieten, pour les maîtres baroques qu'il étudie avec le plus grand sérieux. Ainsi, il écrit à son père : «Je vais tous les dimanches chez le baron van Swieten — et on n'y joue que Haendel et Bach. Je me constitue actuellement une collection de fugues de Bach … et aussi de Haendel.»

Délivré de la tutelle salzbourgeoise certes, c'est pourtant à Salzbourg que Mozart entend faire jouer son oeuvre : non pas dans la cathédrale — fief de son "ennemi" Colloredo — mais dans l'église Saint-Pierre. Elle y sera effectivement exécutée le 26 octobre 1783, sans doute complétée par des emprunts et rajouts de messes antérieures.

Comme le relate Nannerl, la soeur de Mozart, dans son
Journal, c'est Constance qui tient le rôle de premier soprano solo. Mozart, comme à l'accoutumée, n'a pu s'empêcher de faire chanter la femme qu'il aime, si modestes soient ses moyens vocaux.



Notes d'après Guide de la Musique sacrée et chorale profane. Ed. Fayard



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