Arvo Pärt (* 1935) - Passio


Né en Estonie le 11 septembre 1935, Arvo Pärt vient donc de fêter son 75e anniversaire.

Tout en étudiant la composition au Conservatoire de Tallin, où il est diplômé en 1963, il travaille comme ingénieur du son à la radio estonienne jus- qu’en 1967. Une de ses premières oeuvres,
Meie Aed (Notre Jardin, 1959) le fait connaître dans toute l’Union Soviétique et lui permet d’obtenir le Premier Prix de composition des Jeunes Compositeurs à Moscou. Jusqu’en 1968, il compose beaucoup, pour choeurs, orchestres, ensembles instrumentaux, pour le cinéma. Ses influences sont multiples : néo-classicisme russe, modernisme occidental, dodécaphonisme de Schönberg, sérialisme, polytonalité, collages, chant grégorien ... Ses recherches trop «occidentales» ne sont pas toujours du goût des autorités en place et il subit une certaine censure.

Pendant cinq ans, de 1968 à 1973, il s’impose le silence et se consacre à l’étude des musiques française et franco-flamande des XIV
e, XVe et XVIe siècles, de compositeurs comme Machaut, Ockeghem ou Josquin des Prés. Il se tourne aussi vers le plain- chant et l’organum médiéval qu’il va utiliser comme «modèle».

En 1976, une courte pièce pour piano,
Für Alina, marque le début de la «seconde manière» d’Arvo Pärt, le «style tintinnabule» qu’il explique ainsi : «Je travaille avec très peu d’éléments – une ou deux voix seulement. Je construis à partir d’un matériau primitif – avec l’accord parfait, avec une tonalité spécifique. Les trois notes d’un accord parfait sont comme des cloches. C’est la raison pour laquelle je l’ai appelé tintinnabulation». Parmi les oeuvres les plus connues dans ce nouveau style figurent Fratres, Cantus in Memoriam Benjamin Britten et Tabula Rasa. Une autre particularité de la production musicale d’Arvo Pärt «seconde manière» est l’omniprésence du caractère sacré, que les oeuvres soient destinées à l‘orchestre ou à la voix.
Victime de la censure, Arvo Pärt quitte son pays avec sa famille en 1980 et s’installe d’abord à Vienne, où il obtient la nationalité autrichienne, puis à Berlin, où il réside toujours. En 1996, il devient membre de l’American Academy of Arts and Letters, et il est Doctor Honoris Causa de plusieurs universités.

Commande de la radio bavaroise,
Passio a été créée en 1982 à Munich. Cette vaste fresque est une des plus longues compositions d’Arvo Pärt. Comme son illustre prédécesseur J. S. Bach, il utilise le texte de l’Évangile selon St Jean, mais arrête son récit à la mort du Christ alors que Bach va jusqu’à la mise au tombeau. Pas d’airs ni de chorals, reflets des sentiments d’un contemplateur pieux ou de la chrétienté, Arvo Pärt s’en tient à la stricte lecture de la version latine de l’évangile. On retrouve ici les principaux éléments du langage «seconde manière» du compositeur : cellules rythmiques simples et obsédantes, courbes mélodiques proches de la cantillation médiévale, avec une écriture syllabique des voix, utilisation des modes anciens, avec séquences répétitives, plutôt que de l’harmonie moderne et de la modulation. L’orgue occupe une position centrale, puisqu’il soutient toutes les interventions du Christ. Le rôle de l’Évangéliste est tenu par quatre voix solistes (soprano, contre-ténor, ténor et basse), intervenant tantôt en solo, tantôt en duo ou en quatuor, associées à quatre instruments (violon, hautbois, violoncelle et basson) et la Foule est représentée par le choeur.

Dans cette composition, où les silences ont un rôle très important à jouer dans le maintien d’une certaine tension dramatique, les lignes mélodiques déroulent leurs courbes inexorablement, sans que rien ne les fasse dévier de leur but : faire éclater toute la douleur contenue dans ce récit de la Passion et inviter à la prière et au recueillement.


Notes d’après Guide de la Musique sacrée et chorale profane, éd. Fayard; articles Arvo Pärt sur fr.wikipedia.org et sur www.espritsnomades.com


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Saison 10-11