Francis Poulenc (1899-1963) – Gloria


Le Gloria de Poulenc : quand les anges tirent la langue ...


"Amoureux de la vie, malicieux, bon enfant, tendre et impertinent, mélancolique et sereinement mystique, à la fois moine et mauvais garçon" : tous ceux qui ont connu Poulenc soulignent la duplicité affective et artistique du personnage. Lui-même parle souvent de sa double hérédité : parisien par sa mère, montagnard et méditerranéen par son père.

Il commence sa vie dans l'insouciance. Il naît à Paris en 1899 dans une famille bourgeoise, des mélomanes chez qui les artistes ont toujours droit de cité.

À 14 ans, il joue au piano Schoenberg, Bartok, Stravinsky, Ravel, Debussy. Très jeune, il rencontre Satie, Ravel, Prokofiev, Stravinsky, Éluard, Apollinaire, Cocteau. Il a 18 ans quand sa première oeuvre est donnée, et il connaît immédiatement un succès qui ne se démentira jamais. Mais il faudra longtemps cependant pour qu'il se défasse de sa réputation de compositeur superficiel et léger.

L'éducation religieuse a tenu une grande place dans son enfance, mais il ne retrouvera la foi qu'en 1936, "une foi de curé de campagne", dira-t-il lui-même. Cet été-là, il visite le sanctuaire de la Vierge Noire de Rocamadour et il en sort profondément changé, assurément touché par la grâce. Il compose alors sa première oeuvre religieuse, les
Litanies à la Vierge Noire.

En 1959 Poulenc a 60 ans. Il vient de terminer deux grandes oeuvres : le
Dialogue des carmélites et la Voix humaine. Les années de composition, la lourdeur des sujets, les affres de sa vie sentimentale, l'ont atteint et le laisse très déprimé : "je suis moins que bien, mais m'habitue à l'angoisse et à la tristesse ". "Quand donc écrirai-je de la musique gaie" demande-t-il ?

Il se met au travail en réponse à une commande. "Je viens de mettre en chantier un
Gloria pour choeur, un soliste et orchestre, dans le style (mots répétés en tous sens) de Vivaldi. Le latin permet ce genre de macaroni filant". Même dans ses périodes noires, Poulenc ne perd jamais sa verve ...

Le
Gloria ne fait pas partie de l'ordinaire d'une messe mais forme un tout en soi. On y retrouve toutes les facettes du personnage et du compositeur Poulenc : jubilation, malice, tendresse, mélancolie, lyrisme, méditation, sérénité ... "J'aime que l'esprit religieux s'exprime clairement au soleil avec le même réalisme que celui que nous voyons aux chapiteaux romans", dit-il.

Le
Gloria fut créé en 1961 à Boston puis à Paris. S'il est aujourd'hui l'oeuvre religieuse la plus populaire de Poulenc, à l'époque il n'a pas toujours été compris : "la deuxième partie a fait scandale, je me demande pourquoi. J'ai pensé simplement, en l'écrivant, à ces fresques de Gozzoli où les anges tirent la langue. Et aussi à ces graves bénédictins que j'ai vus un jour jouer au football."



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