Igor Stravinsky (1882-1971) – Psaumes


«Cette symphonie, composée à la gloire de DIEU, est dédiée au Boston Symphony Orchestra à l'occasion du cinquantième anniversaire de son existence» : c'est l'inscription que porte la
Symphonie de Psaumes composée «dans un état d'ébullition religieuse et musicale», comme le commentera Stravinsky lui-même, entre janvier et août 1930 en France, à Nice et Écharvines.

Au courant de l'hiver 1929, Stravinsky reçoit commande de Serge Koussevitzki (directeur musical de l'Orchestre symphonique de Boston) d'une "oeuvre symphonique d'environ 25 minutes" qui doit être créée, parmi d'autres commandes, à l'occasion de concerts marquant le 50ème anniversaire de son orchestre. Depuis quelques années déjà assailli par des questions d'ordre religieux, retourné à la pratique orthodoxe, et encore profondément touché par la disparition de Diaghilev en août 1929, Stravinsky saisit l'occasion de cette commande pour accéder publiquement au genre de la musique sacrée, genre que n'impliquait en rien la demande de Koussevitzki. Jusqu'ici, seul un bref
Notre Père pour choeur mixte a cappella composé en 1926, mais encore enfoui dans les tiroirs du compositeur, avait marqué son retour à la religion. Afin de contourner le schéma de la symphonie romantique «qui le séduisait fort peu», Stravinsky décide ainsi de se tourner vers un matériau et une écriture étrangers au genre : «Finalement je m'arrêtai à un ensemble choral et instrumental dans lequel ces deux éléments seraient mis au même rang (…) Quant aux paroles, je les cherchai parmi les textes spécialement créés pour être chantés et, tout naturellement, la première idée qui me vint à l'esprit fut d'avoir recours au psautier».

Grâce à la présence des choeurs, Stravinsky donne libre cours à son inspiration religieuse : les textes latins des psaumes sont ceux de la version vulgate de la Bible, mais, comme le compositeur l'écrira lui-même : «il ne s'agit pas d'une symphonie dans laquelle j'ai introduit des versets de psaumes chantés. Bien au contraire : j'ai symphonisé le chant des psaumes».


Symphonie pour choeur et orchestre, l'oeuvre s'articule en trois parties, dont la première s'ouvre comme un prélude voué à l'interrogation et au malaise, la voix des suppliants s'amplifiant jusqu'au paroxysme sur un rythme implacable. Une longue déploration des bois seuls introduit alors la double fugue de la 2ème partie : interrogation anxieuse, clameur militante puis ferveur consternée conduisant à l'
Alleluia presque désespéré qui ouvre la partie finale de l'oeuvre. À la déploration initiale et aux lointains échos orthodoxes de celle-ci succède une louange du Seigneur en forme d'élan guerrier, évocation, selon Stravinsky, «du char d'Élie traversant le ciel». C'est alors, enfin, que peut se déployer, dans une foi qui semble confortée, un nouveau traitement de la louange divine, conclusion fervente et rassérénée.

Ernest Ansermet devait dire de la
Symphonie de Psaumes, dont il dirigea la création européenne le 13 décembre 1930, une semaine avant celle de Boston, qu'elle exprime la religiosité des autres – dépassant ainsi la pure subjectivité de la foi personnelle de son compositeur pour devenir une forme musicale religieuse hautement significative par elle-même.


Notes d'après Marcel Marnat, Stravinsky, Coll. Solfèges, Éditions du Seuil, 1995 ; André Boucourechliev, Igor Stravinsky, Librairie Fayard, 1982.



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