Karol Szymanowski (1882-1937)


Issu d'une famille noble polonaise installée en Ukraine, Karol Szymanowski voit le jour en 1882. Dès l'âge de sept ans, il commence l'étude de la musique, d'abord avec son père, puis dans une école de musique dirigée par son oncle, lui-même pianiste. Parmi ses frères et soeurs, qui font tous de la musique, de la peinture ou de la poésie, l'un de ses frères deviendra pianiste et compositeur et sa soeur Stanislawa cantatrice. Arrivé à Varsovie en 1901, Karol y étudie avec le compositeur Noskowski, se lie d'amitié avec Arthur Rubinstein, Grzegorz Fitelberg et Pawel Kochanski qui deviennent ses premiers interprètes. Il s'intéresse aux oeuvres de Wagner et Richard Strauss et fonde avec quelques amis, dont Fitelberg, le groupe «Jeune Pologne» qui veut réagir contre le traditionalisme et l'inertie artistique polonaise.

Il faudra du temps à Szymanowski pour se forger un style personnel et se défaire des influences reçues de Reger, Strauss, Scriabine, Debussy ou Stravinsky. Il voyage beaucoup, s'établit pour quelques temps à Berlin, puis à Vienne.

Passionné de culture arabe et orientale, il abandonne parfois le système tonal afin d'utiliser des gammes orientales, réalisant ainsi de nouveaux coloris instrumentaux. A plusieurs reprises, il compose sur des vers de poètes persans. Les thèmes méditerranéens et orientaux dominent également dans ses opéras. Une autre source importante de son inspiration est la musique folklorique polonaise, qu'il étudie lors des séjours qu'il fait dans les Tatras pour soigner sa tuberculose.

En 1926, il est nommé directeur du Conservatoire de Varsovie, mais l'attitude des professeurs hostiles à ses idées novatrices, ajoutée à un travail écrasant, contribue à ruiner sa santé et l'oblige à démissionner. Il meurt dans un sanatorium de Lausanne le 29 mars 1937.

Son champ d'activité créatrice s'étend à toutes les formes : opéras, ballets, symphonies, concertos ... La sensualité, la passion, le mystère sous-tendent sa musique. Dans ses dernières compositions, le folklore, transcendé, parvient à un classicisme de portée universelle. L'oeuvre la plus émouvante de toute sa production reste le
Stabat Mater (1925-1926)

A propos du « Stabat Mater » de Szymanowski


Le Stabat Mater est la première des trois oeuvres liturgiques que Szymanowski écrira pendant les douze dernières années de sa vie (les deux autres étant Veni Creator et les Litanies à la Vierge Marie). Lors d'un séjour à Paris, en 1924, il reçoit de la princesse de Polignac la commande d'une oeuvre pour solistes, choeur et orchestre. A la recherche d'un texte approprié, il a finalement l'idée d'«une sorte de "Requiem de paysans" - quelque chose de rural et d'ecclésiastique ... empreint d'une piété naïve : une sorte de prière pour les âmes». La mort tragique de sa jeune nièce Alusia interrompt tout travail sur ce projet. Cependant, peu après, un industriel de Varsovie lui demande de composer une oeuvre à la mémoire de sa femme qui vient de mourir. Il en résulte le Stabat Mater, pour soprano, contralto, baryton, choeur et orchestre, sur une traduction polonaise du poème latin de Jacopone da Todi. Szymanowski insiste pour que l'oeuvre soit chantée en polonais lorsqu'elle est interprétée en Pologne, bien que le latin figure aussi sur la partition. Achevé en mars 1926, le Stabat Mater ne sera joué que le 11 janvier 1929, à Varsovie, sous la direction de Grzegorz Fitelberg avec pour soliste, notamment, Stanislawa, la soeur de Karol Szymanowski et mère d'Alusia.



Retour Saison 95-96