Kurt Weill (1900-1950)


Indissociablement lié à celui de Bertold Brecht, le nom de Kurt Weill est associé à cette forme si particulière d'opéra qui vit le jour en Allemagne dans l'entre-deux-guerres. Mais connaît-on vraiment ce compositeur berlinois ?

Il voit le jour à Dessau, avec le siècle, le 2 mars 1900 et fait ses études musicales à Berlin, notamment auprès de E. Humperdinck. Pour gagner sa vie, il se produit comme pianiste de cabaret et fait des arrangements de musiques scéniques. A 19 ans, il assure déjà les fonctions de corépétiteur au théâtre de Dessau. Dix ans plus tard, il est directeur musical au Théâtre de Lüdenscheidt et se trouve ainsi en contact avec les milieux de la scène.

En 1921, Kurt Weill entre dans la classe de Busoni. Il compose une
Première Symphonie, un Quatuor et d'autres pièces assez influencées par Mahler et Schönberg ; son Concerto pour violon et instruments à vents, un premier succès datant de 1924, présente un côté expressionniste dont il ne se départira jamais. A la même époque, il prend part aux activités de groupements idéologiques comme le Novembergruppe.

Des rencontres décisives marquent cette époque de sa vie. Tout d'abord, celle de Fritz Busch, en 1922, qui deviendra l'un de ses fidèles interprètes. Puis l'écrivain expressionniste à tendances sociales Georg Kaiser, avec lequel il collabore à plusieurs reprises. A cette occasion, Kurt Weill introduit dans sa musique des éléments de jazz et de danses modernes et se laisse inspirer par l'opérette et le cabaret.

C'est en 1927 que Kurt Weill rencontre Brecht, qui tente d'imposer une nouvelle conception du théâtre, caricaturant les processus de l'âme humaine. Weill, qui cherche à renouveler l'opéra par la critique sociale, le réalisme politique et le socialisme radical, réussit à faire passer leurs idées au travers de ses songs, une sorte de ballades modernes inspirées de la chanson de cabaret et des chants de propagande, tant par leur prosodie que par leurs rythmes syncopés empruntés au jazz. Ses plus belles réussites dans le genre sont l'
Opéra de quat' sous (1928), Grandeur et décadence de la ville de Mahagonny (1927 et 1929), dans lesquels se produit sa jeune femme Lotte Lenya. Leurs fortes personnalités les obligent à se séparer en 1930.

Ayant attaqué dans une de ses oeuvres le nazisme naissant, il est obligé, en 1933, de se réfugier à Paris. Il écrit pour Balanchine un ballet mêlé de songs et de monologues, les
Sept Péchés capitaux, dans lequel le rôle principal d'Anna est partagé entre une actrice et une danseuse. C'est sa dernière oeuvre sur un livret de Brecht.

Il part pour les États-Unis et s'y installe définitivement en 1935. Il partage sa vie entre New York et Hollywood. En 1943, il sera naturalisé américain. Weill s'adapte immédiatement aux courants américains et aux lois du show-business. Il compose en grand nombre de la musique de film et des comédies musicales à la façon de Broadway.
Lady in the Dark (1940), qui marque une ouverture de Kurt Weill aux courants de la psychanalyse, consacre sa rupture définitive avec l'Europe et est probablement l'oeuvre la plus intéressante de sa période américaine. Il meurt à New York le 3 avril 1950.

A propos du Berliner Requiem de Kurt Weill


Cette oeuvre qui date de 1928 illustre deux aspects fondamentaux de l'engagement de Weill dans les années vingt : sa contribution à la création d'un répertoire spécifiquement destiné à la radio et sa lutte contre les conservatismes de toutes natures. Il a cru très tôt au potentiel pédagogique, social et esthétique du nouveau média que constituait la radio.

Le
Requiem était une commande de l'émetteur de Frankfort. Sa composition coïncidait avec le dixième anniversaire de la fin des hostilités et de la révolution spartakiste (mouvement socialiste allemand), Écrite sur un poème de Brecht qui fut refusé par les autorités de la radio, l'oeuvre ne fut pas diffusée.

Requiem profane, la cantate est une émanation de l'homme des grandes villes et s'adresse à lui. L'effectif orchestral est restreint : ténor, baryton, choeur d'hommes, instruments à vent, guitare, banjo et percussion. L'écriture est caractéristique de l'atmosphère musicale qu'a si bien su rendre Kurt Weill au travers de toute son oeuvre.




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